Le président et fondateur de Skyrock vient de sortir un livre chez Stock intitulé La souveraineté numérique. Dans son ouvrage, il raconte comment “l’internet va dévorer nos classes moyennes”, à moins qu’on trouve (Français et Européens) une alternative. Alternative qu’il propose en détail. Interview réalisée par Challenges.

La souveraineté numériqueExtrait de La souveraineté numérique En 2011, je publiais en ligne un premier texte sur la souveraineté numérique, édité ensuite par la revue Le Débat, où, parlant des données informatiques personnelles, j’écrivais :
Les Français et les Européens transfèrent massivement leurs données personnelles sur le continent nord-américain. La France fait partie certainement des premiers exportateurs mondiaux de vie privée.
Les carnets d’adresses, les listes d’amis, les messages intimes, les photos, les secrets, les ombres et le reste sont stockés sur des serveurs à dix mille kilomètres de nous et répondant de la compétence du tribunal de Sacramento.
Nous avons accepté des contrats que nous n’avons jamais lus, aux clauses obscures et changeantes par ailleurs. Nous avons cédé les droits et la propriété de souvenirs, d’images, de notre passé, de nos pensées à des sociétés de services informatiques sur un autre continent régi par un autre droit, une autre langue et sur lequel la moindre procédure judiciaire est d’un coût dissuasif. Nous avons fait preuve là d’une ingénuité aussi paradoxale que la phobie du réseau de la fin des années 1990.
Comment a-t-on pu laisser faire cela sans s’en rendre compte un seul instant ?
Et c’est grave. Qui peut croire, une seconde, à la confidentialité des données collectées et stockées sur ces services ? Il est fort à parier que nous apprendrons qu’ils étaient en accès ouvert aux autorités policières et aux services de renseignements publics et privés – d’ailleurs en étroite coopération – de leurs nations d’hébergement. Il est probable que les échanges d’informations entre ces entités publiques et commerciales sont fréquents et fructueux.
Deux ans plus tard, en 2013, éclatait l’affaire Snowden qui confirma ces lignes avec une ahurissante ampleur. Les révélations de cet ancien agent du renseignement américain mirent brutalement au jour notre vulnérabilité, notre inconscience, notre dépendance, notre impuissance et, finalement, la résignation de nos élites quant à la défense de nos libertés et de nos intérêts sur les réseaux numériques. C’est précisément contre cette démission que j’avais lancé l’alerte et popularisé l’expression de souveraineté numérique.
La souveraineté est, pour une nation démocratique, l’expression sans entrave sur son territoire de la volonté collective de ses citoyens. Le peuple se détermine et fait ses choix par lui-même, sans subordination ni dépendance envers une autorité étrangère. Les seules limitations du pouvoir populaire proviennent du droit international et des traités. L’État moderne est l’incarnation de cette autonomie et de cette indépendance. Au service et sous le contrôle des citoyens, il est le garant ultime de leurs droits et donc de leur liberté. La souveraineté s’exprime sur un territoire : sur une zone définie, tout répond de la règle collective. Les personnes, produits et services entrant dans le pays se conforment à la réglementation en vigueur, et la loi s’impose à tous. Des jouets d’enfants au franchissement de l’espace aérien, le principe s’applique… Sauf pour les réseaux numériques !

Pierre Bellanger

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